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iPad 2 : chronique d’un must not have

Coucou les amis, j’espère que je vous ai manqué !

Cela étant, ça risque d’être difficile à vérifier étant donné que je suis un inconnu au bataillon de ImNotHype. Laissez-moi donc me présenter en deux lignes – less is more dit-on – : Shruikan, 20 ans, parisien arrogant notamment connu dans d’autres vertes contrées pour avoir été chef de certains sites à 80 000 visites par jour (comme Pokémon-Trash).

Ma présence ici, vous vous en doutiez, n’a guère pour objectif de vous narrer dans le détail les mille et un plaisirs de mon CV de rédacteur. Je suis là parce que j’ai un grand sujet à mettre sur la table, un sujet que vous allez d’ailleurs voir et revoir dans les jours qui viennent avec l’imminente déferlante médiatique associée au produit dont je vais parler.

Vous n’avez toujours pas trouvé ? Dans ce cas, sortez les tambours et préparez vos mains à applaudir (ou pas) : au banc des accusés de ma tribune, je vous demande d’accueillir…

L’iPad 2.

iPad 2, accusé ? C’est que j’ai pourtant des choses à dire à charge de cette petite bête fraîchement déballée lors de la Keynote d’Apple, en ce jour maudit du mercredi 2 mars 2011, 18h45 heure française. Il fallait bien que je mette mon grain de sel tant tout le monde ou presque se laisse prendre au jeu d’Apple, ces derniers temps – même votre gourou, Erwin, n’étant pas épargné par ce phénomène. C’est dire.

IPad 2, pourquoi du comment ? Allons-y.

Vous savez, je ne suis pourtant pas le dernier des anti-Apple. On pourrait d’ailleurs sans trop de difficultés me ranger dans la case honteuse des Apple Fags, qui s’émerveillent dès qu’Apple lance un nouveau produit “qui va révolutionner le cosmos grâce à son nouvel écran/grâce à sa nouvelle batterie/grâce à ses trois nouvelles lignes de code/insérez ici les meilleures bobards d’Apple”. J’ai eu un iPhone 3G, j’ai un iPhone 4, j’ai un MacBook Pro 13 pouces pour lequel j’ai dû vendre un rein et je suis ma foi très heureux de l’utilisation que j’en fais.

Simplement, là, jugez du problème. Penchons-nous un instant – et faites attention à ne pas tomber – sur les nouveautés de l’iPad 2 :
- Un plus bel écran ;
- 15% de légèreté, 33% de finesse de gagnés ;
- Une caméra frontale ;
- Un gyroscope ;
- Un processeur deux fois plus musclé ;
- Et… c’est tout ce qu’il y a de notable, en fait.

Partant de ça, il va falloir maintenant qu’on s’attelle à la tâche de comprendre juste un petit truc : comment une entreprise autoproclamée – j’ai des preuves ! – n°1 mondial sur la qualité et l’innovation de ses produits dans le secteur high-tech peut sans rougir sortir un iPad 1 et un iPad 2 entre lesquels les différences sont si infimes… et à un prix toujours aussi corsé.

Moi, je vais vous l’expliquer ; mais je crois qu’en réalité, vous n’apprendrez pas grand chose.

Le but d’Apple n’est pas de concevoir les meilleurs produits possibles. Le but d’Apple est de réaliser un bénéfice maximal, ce qui implique qu’ils doivent constamment garder dans leur artillerie une réserve de “nouveautés” à distiller au compte-gouttes. Car la stratégie d’Apple peut effectivement se résumer à l’image d’un compte-gouttes, donné avec parcimonie au bébé affamé qui constitue la foule de ses aficionados : le nombre de nouveautés introduit dans son parc de produit est minimal pour un amortissement maximal. Et je reproche ici à Apple cette vision des choses dans la mesure où, définitivement, elle ne réalise aucun compromis entre confort utilisateur et bénéfices engrangés par la machine. L’iPad 2 aurait facilement pu être sorti un an plus tôt, ne serait-ce parce que l’invention de la caméra frontale ne date pas d’hier matin.  Même combat pour le processeur. On peut pardonner sans cérémonie à Apple le poids de l’iPad 1 et l’absence d’écran Retina – mettons que c’était trop cher pour l’époque -, mais la réalité du système, c’est que la firme de Cupertino – j’ai toujours rêvé de pouvoir caser “la firme de Cupertino” quelque part, maintenant, c’est fait – :

-1/ avait sciemment calculé les faiblesses initiales de l’iPad 1 (une stratégie d’obsolescence programmée aussi calibrée que les notes sur du papier à musique) ;
-2/ Les a partiellement comblées pour pouvoir dire du produit qu’il est nouveau, à la manière de l’industrie pharmaceutique qui modifie une molécule à 3 % pour dire après qu’elle constitue une révolution dans le domaine médical ;
- 3/ Vend le nouveau produit miraculeusement pondu à un prix toujours aussi deluxe !

But here is the deal : à prix premium, le produit se doit de l’être. Je peux comprendre la stratégie suivie par Apple sur ses iPhone et je peux cautionner leur approche sur les Macs – encore qu’elle devienne avec le temps de plus en plus contestable -, mais l’iPad 2, non. Désolé. C’est juste too much. J’aurais dû regarder cette Keynote avec un seau à vomi placé à proximité.

Dans un contexte où la vague pro-tablettes qui sévit dans le monde aujourd’hui – et dont les cabinets d’analyse avaient formidablement anticipé la montée -, vous demander de faire un effort et de ne pas céder aux affres du consumérisme pour vous précipiter à l’Apple Store ou à la FNAC la plus proche devrait avoir autant d’impact qu’un pistolet à eau sur un double vitrage. Je prends cependant les paris qu’il y aura parmi vous quelques personnes – et c’est déjà bien – qui feront ce que l’humanité a oublié de faire depuis l’avènement du marketing et de la publicité bien ficelée : utiliser son cerveau. A fortiori quand on possède déjà un produit Apple capable de faire avec plus ou moins de brio ce que cet iPad 2 vendu au prix fort est capable de faire.

Le manque d’innovations introduit par la firme dans son dernier bijou, associé au même prix que le précédent modèle – pour un coût de fabrication deux à trois fois inférieur – n’en fait ni le produit de première nécessité, ni le produit must have, ni même un produit intéressant en soi. Il demeurera juste ce qu’Apple réussit à faire de ses produits avec tant de panache : le produit star, le produit buzz, le produit qui se vendra.

Sauf que quand on sait ce qu’il vaut, en toute franchise, savoir qu’il va se vendre, c’est déjà trop. Sauvez votre portefeuille, pour l’amour de Dieu : n’achetez pas l’iPad 2.

Et c’est mon dernier mot, Jean-Pierre.

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